Formée par le président de la République le 26 mars pour« collecter et de traiter les données liées au COVID-19 et de produire des recommandations à la cellule gouvernementale sur les mesures sanitaires à prendre», la commission scientifique a déjà fait plusieurs recommandations aux autorités sanitaires, a fait savoir le Dr Jean Hugues Henrys, membre de cette structure. Cependant, depuis plusieurs semaines la maladie semble prendre une vitesse supérieure dans sa propagation dans le pays.

 

Ces trois derniers jours, les autorités sanitaires disent avoir enregistré 124 cas de coronavirus dans le pays. Ce qui porte 358 cas confirmés dont 52 importés et 306 cas à transmission locale sur 1 733 personnes testées, 20 décès et 19 patients déclarés guéris.

Selon le Dr Jean Hugues Henrys, pour faire face à la propagation du virus sur le territoire national, les recommandations de la cellule scientifique ont porté jusqu’à présent sur trois grands axes. D’abord, il y a les mesures de prévention qui consiste dans la mobilisation et sensibilisation communautaire pour le changement de comportement (Hygiène personnelle et collective), a-t-il dit.

Ensuite, le respect des mesures barrières : distanciation physique, port du masque, limitation des déplacements, fermeture des écoles et universités, des frontières, des entreprises non essentielles, limitation des rassemblements, quarantaine et isolement, etc, a énuméré le scientifique.

Le Dr Henrys a souligné qu’il y a aussi des recommandations relatives à la prise en charge des patients, protection du personnel soignant, formation du personnel, protocoles de traitement, régulièrement actualisés ; disponibilité des intrants et contrôle de la vente des médicaments ; gestion des cadavres ; stratégies de « screening » et de « testing ».

« La cellule travaille actuellement sur une meilleure connaissance de la dynamique de l’épidémie dans le pays », a indiqué Dr Jean Hugues Henry, soulignant que la commission travaille en permanence. « Ses recommandations sont étayées par un argumentaire scientifique et les conditions critiques  de mise en œuvre dans le contexte haïtien », a-t-il précisé.

« Nous sommes en présence d’une maladie nouvelle, qui n’a peut-être pas encore livré tous ses secrets. On dénombre actuellement plus d’une vingtaine de publications par jour (plus de 7000 publications scientifiques indexées dans Pubmed depuis le début de l’épidémie au mois de décembre 2019). D’où la nécessité d’être prudent dans ses affirmations. Le temps des certitudes n’est pas encore venu », a soutenu le Dr Jean Hugues Henrys, membre de la commission scientifique.

Il a fait remarquer au Nouvelliste que les systèmes de santé considérés comme étant parmi les plus robustes au monde ont démontré leurs défaillances et/ou leurs limites dans la prise en charge de la maladie. « Haïti est un pays à ressources limitées, considéré même par certains comme un ‘’état failli’’. Cette donnée doit être prise en compte dans toute analyse de la réponse et de la dynamique de la pandémie dans le pays », a affirmé le médecin infectiologue.

La commission scientifique, pour ou contre le confinement ?

« Les connaissances actuelles font toutes état de l’importance du confinement. Il faut cependant reconnaître les limites de l’application de cette mesure en Haïti », a répondu le Dr Jean Hugues Henrys.

Il a souligné samedi matin sur Radio Magik 9 que la réalité du pays dans les villes, la population en grande difficulté économique qui vit au jour le jour ne favorisent pas le confinement. « Je reste convaincu et je pense que c’est une idée qui est partagée par l’ensemble des membres de la commission, il faut faire des recommandations à la lumière des connaissances actuelles sur la maladie, mais il ne faut jamais perdre de vue la réalité du pays », a affirmé le Dr Henrys.

Pour la scientifique, le meilleur choix pour lutter contre la Covid-19 dans le pays c’est la stratégie communautaire qui passe par la sensibilisation, la communication, la motivation via les leaders communautaires pour permettre à la population d’avoir une meilleure compréhension de la maladie en vue d’avoir un meilleur comportement. La stratégie communautaire, a-t-il ajouté, passe aussi par la prise en charge des personnes testées positives, mais moins graves

Le Dr Henrys a fait remarquer que c’est la stratégie communautaire qui a été utilisée pour combattre le choléra dans le pays.

Interrogé sur comment l’arrivée des matériels et équipements médicaux de la Chine pourrait changer le cours des choses dans la lutte contre le virus dans le pays, Dr Henrys  a fait savoir que la commission scientifique n’est pas impliquée à ce niveau et reste dans le cadre de ses attributions qui est de « collecter et de traiter les données liées au COVID-19 et de produire des recommandations à la cellule gouvernementale sur les mesures sanitaires à prendre.»

Estimant qu’il y a un conflit d’intérêt, le représentant de l’OPS/OMS, le Dr Luis Codina s’est retiré de la commission scientifique qui compte actuellement 13 membres. « Les membres de la ‘’cellule scientifique’’, tous des bénévoles dans cette fonction, sont avant tout des travailleurs intellectuels. Ils sont appuyés par d’autres bénévoles, entre autres dans la fonction de veille documentaire. La cellule dispose d’un secrétariat mis à sa disposition par les instances étatiques », a expliqué le Dr Jean Hugues Henrys.

Source: Le Nouvelliste

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