Comment choisir son métier en Haïti ?

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Une telle interrogation peut avoir l’air anodin voire dénué de sens pour ne pas dire hors contexte lorsqu’on considère les multiples soucis qu’ont nos compatriotes. Mais c’est la grande question que plus de la moitié de la population se pose chaque jour. Selon les dernières estimations, la jeunesse haïtienne représente plus de 70% de la population. Ce qui cristallise le contraste de la vie, Haïti a une main-d’œuvre énorme pour la relance de son économie. En revanche, le pays a plus de personnes en âge de travailler sur le marché du travail, demande qu’il ne puisse pas satisfaire. Pour ceux qui ont eu l’opportunité de fréquenter l’école, les professeurs leur ont catégoriquement fait comprendre qu’ils ne peuvent pas avoir une vie moyenne, inévitablement ils doivent devenir des gens riches. Et pour y parvenir ils doivent être avocats, médecins, agronomes, politiciens que des métiers d’intello.

Les sciences dures sont reléguées au second plan pour ne pas dire inexistants dans le subconscient de nos élites, seules les sciences humaines prévalent. Ce qui est assez paradoxal si l’on tient compte des velléités que les autorités ont de faire d’Haïti un pays émergent d’ici 2030.

C’est la recherche dans la chimie, les maths, la sidérurgie, l’étude des ressources minières et des gaz rares dans un premier temps et celle dans les nouvelles technologies dans un second temps qui peuvent être le leitmotiv de développement d’un pays. Le déclin de l’enseignement supérieur se matérialise par plusieurs facteurs notamment l’absence d’un organe régulateur distinct de celui de l’enseignement classique.

Le tâtonnement de cette frange de la population se matérialise lors de leur inscription à l’université, ils ont postulé dans plusieurs facultés n’ayant aucun rapport. La raison “Sim pa bon nan dwa ma rantre nan medsin, si pa mache nan agronomi an map jere administrasyon an ” de tels propos traduisent un manque d’orientation cruciale des élèves après leur bac. Tant vaut l’éducation d’un pays tant son niveau de développement. Il n’est plus seulement question d’aller à l’école, choisir un métier pour gagner dignement sa vie. Mais il est surtout question de savoir quelles sont les filières à favoriser et à promouvoir pour que dans les dix prochaines années ces dernières soient l’élément matriciel dans un processus de développement durable.

Nous serons arrivés à un point où il y aura des professions sursaturées non pas parce qu’il n’y

aura plus malades dans les hôpitaux, ni moins de conflits dans les tribunaux mais le marché du travail est occupé par personnes expérimentées qui malheureusement font l’unanimité au sein de la grande majorité de la population. Nous aurons de jeunes professionnels qui seront en quête de leur premier travail qui seront phagocytés par le poids de la concurrence et de l’expérience de leurs aînés. Quel gâchis ! Après tant d’investissement ces jeunes ne pourront pas mettre à leur profit et à celui de la société leur connaissance.

Les facultés de droit, d’administration, d’infirmières, d’éthologie, de sociologie regorgent

d’étudiants. Les facultés d’agronomie, de génie civil, de psychologie pullulent de futurs cadres.

La grande question à se poser : dans un processus de développement durable est-ce seulement les cadres nécessaires à avoir ? Avec cette approche d’être un professionnel de subsistance à l’image de notre agriculture, pouvons-nous réellement changer quelque chose dans l’ordre des choses ?

Ce regard purement existentiel qui caractérise la vision du monde du jeune Haïtien lors du choix d’un métier prive le pays de brillants mathématiciens, chimistes, biologistes. Je ne fais guère référence à de savants professeurs d’universités qui du haut de leur estrade débitent de longs discours purement théoriques. Mais des chercheurs qui mettraient les multiples ressources naturelles qu’a le pays à son service.

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