Haïti-COVID-19 : Devrait-on parler d’enjeux ou d’opportunités pour l’agriculture haïtienne ?

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Par Jabin PHONTUS

« On ne devrait pas parler d’impact négatif, le coronavirus n’est qu’une opportunité de faire valoir la production nationale, de promouvoir l’émergence de nos milieux ruraux », avance l’Ing-Agr.Talot BERTRAND à l’émission ECHO+.

Reçu comme invité  à l’émission ECHO+  sur les ondes de la radio Télévision Caramel, le samedi 30 Mai 2020 à 6h pm, l’Ing-Agr.Talot BERTRAND (secret.gén.PROMODEV) n’a pas retenu ses mots pour dénoncer le mépris des autorités haïtiennes de l’agriculture.  Dès la lueur de l’année 1986, on assiste à un déclin évolutif de l’agriculture. L’adoption d’une politique néolibérale imposée de l’extérieur par manque de clairvoyance de nos politiciens affecte gravement la production agricole. L’importation devient de plus en plus importante avec la baisse des tarifs douaniers.  Ne pouvant plus rivaliser les produits étrangers par leurs faibles coûts, le paysan se trouve dans l’incapacité d’écouler ses produits. L’abattage abusif des arbres pour le charbon de bois semble devenu l’issue favorables des paysans. Suite à ce recours, la dégradation de l’environnement tant vers son paroxysme. La production nationale ne satisfait à présent que 45% de la demande en consommation alimentaire. La plus grande satisfaction découle de l’importation qui effrite l’économie du pays. 45% du PIB dans les années précédentes découlaient de l’agriculture. L’exportation du café, du cacao, du sisal, de la mangue francisque et l’huile de vetiver font la réputation mondiale du  pays.  Malgré tout, l’agriculture représente aujourd’hui 25% du PIB et emploie plus de 70 % de la population.  Avec le Coronavirus, la pression devient palpable au niveau mondial sur tous les angles. Le monde fait face à une pénurie alimentaire ce qui sonne mal pour un pays voué à l’importation. Haïti selon l’ing-Agr.Talot BERTRAND, a la capacité de produire mais n’a pas ce flux de volonté ancestral d’agir pour le bien commun. Avec un potentiel exploitable de 10 000 ha de terres arables, le pays dispose suffisamment de ressources. « Bay pèp lan lamanjay, se pa sa ki nan ajanda mesye dam ki nan gouvènman yo », affirme l’Agronome. Avec plus de 4.1 millions d’Haïtiens qui se trouvent dans l’insécurité alimentaire selon la CNSA (Coordination Nationale de la Sécurité Alimentaire), le pays a de quoi s’inquiéter pour les jours qui suivent. Nourrir sa population est une obligation première à tout gouvernement qui par une politique agricole adaptée et soutenue  doit aboutir à l’autosuffisance alimentaire.

Définir une politique agricole

L’obligation de définir une vraie politique agricole est de plus en plus percutante. Plus de personnes vulnérables à nourrir et on ne peut pas compter sur l’extérieur.  Il faut agir en amont  pour porter des solutions urgentes et durables. Le regard doit se porter techniquement sur le renforcement de la production nationale comme issue. Une politique agricole visant le renforcement des activités productives est nécessaire. Prenant compte de nos ressources disponibles et la réalité présente pour établir une politique adaptative. Le premier devoir est d’assurer les agriculteurs contre les différents aléas d’ordre climatiques (naturels) ou socioéconomiques. Pour en parvenir, un accompagnement technique, scientifique est de mise pour le paysan. La disponibilité du capital, un élément essentiel pour subventionner les intrants et pour faciliter l’accessibilité aux agriculteurs. Le milieu rural haïtien, centre des activités agricoles doit être considéré à sa juste valeur. Création d’infrastructure pour maintenir la main d’œuvre et pour améliorer la condition d’existence du paysan. Le développement rural est la clef pouvant solutionner ce fléau destructeur, lexode rural. D’autre part Les Universités doivent êtes bénéficières d’accompagnement pour la recherche afin de procurer obligatoirement le service dû.

Un ministère d’agriculture pour faire quoi ?

Dans son appellation relève une grande mission, Ministère de l’Agriculture, des Ressources Naturelles et du Développement Rural (MARNDR). Une institution mandatée pour sauvegarder les activités agricoles par l’utilisation durable des ressources naturelles et pour favoriser le développement rural. Sauvegarder implique une tache administrative qui assure la gestion à un but précis. Sur cette mission une remise en question de l’existence du MARNDR en Haïti n’est pas à négliger.  « Pa gen ministè agrikilti nan peyi » dénonce l’agr. Talot BERTRAND, de son côté c’est plutôt une institution de snobisme. Les fermes agricoles du pays existent à peine et les BAC sont inactifs. Le ministère et le pouvoir exécutif doivent travailler de concert pour consolider la politique agricole. Connaissant les priorités et détenteur de cadres professionnels, le MARNDR a l’autonomie d’influencer son allocation au budget de l’exercice fiscale. Pour une relance agricole dans le pays, 3.4 % du budget de l’exercice fiscale 2019-2020 est accordée au Ministère de l’agriculture. Une diminution hautement remarquable par plus d’un dans la société civile mais reste encore inaperçue aux yeux des autorités.

Une opportunité de plus

Haïti sujet de plusieurs faits tant naturels et sociaux a eu une multitude d’opportunités de relancer son économie en se basant sur ces ressources. Par faute d’application d’une bonne politique publique, le pays est resté dépendant des puissances prédatrices du monde. De 1986 à nos jours, l’idéale patriotique n’a jamais eu sa place dans les différentes formes de politiques appliquées. Le Coronavirus par son apparition appelle les citoyens à une conscientisation. Cette pandémie occasionne une valorisation beaucoup plus poignante sur la production locale et nos plantes médicinales. Enorme la quantité de gens qui en fait usage et en fait l’éloge mais la question reste encore controversée aux yeux de nos politiciens. Assurer le bien être de chaque individus sur le territoire devrait commencer par satisfaire leurs besoins alimentaires.

Le budget 2019-2020 témoigne les préoccupations de l’Etat,  les 3.4% pour le secteur agricole prouvent que le bien être de la population est bien loin d’être prioritaire pour les autorités Etatiques.

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